Uti, Non Abuti - Use de tout, mais n'abuse de rien.
le plus gros piège abscons de l'histoire de l'humanité ... en Irak
Published on October 27, 2006 By marouki In Life
Le muezzin de service appelle. C’est la rupture du jeûne pour le premier jour. Vous attaquez les victuailles, le yeux rivés sur la télé, le crâne bouré de pubs. Dans votre for intérieur, vous vous dîtes que la cuvée tv ramadanesque sera la bonne cette fois. Ni stupide ni grotesque. En bon marocain musulman, vous êtes tout repu de bonnes inttentions dans le meilleur des mondes possible. Ça va peut-être s’améliorer. Présomption à l’erreur s’entend! Et pourtant vous essuyez ‘Moul Taxi’, avec un grincement de dents. Vous ravalez votre malaise avec un retour d’appétit. Tout en miel. Roboratif ! Votre mère, en tant qu’un Schneidermannn, et ménagère de son état, trouve ‘Moul …’ vraiment ‘insipide’ (sic). Un ange passe. Vous êtes toujours à table. Une voix off vous susurre de ne pas décrocher. Il faut consommer jusqu’à satiété. On sait jamais. Quelques minutes après, vous essuyez un tonitruant soufflet, faute à "El 3awni" ou je ne sais quel autre avatar télévisuel. Comme par fatalié, ça se répète avec le reste de la cuvée. Selon votre mère, mieux vaut faire la vaisselle. Vous vous portez volontaire. Une occasion de se libérer de cet assarvissement du corps et de l’esprit. Vous quittez la table, très en pétard toutefois. La cuvée vous a rasé et cassé la tête. Vous ne le savez pas : vous êtes victime d’un PIEGE ABSCONS.

Vous rentrez chez vous tard la nuit. Un de vos amis vous a retenu pour un dîner fourni, en famille. Vous savez que le dernier bus – le fameux chataba – va passer vers minuit moins le quart. Il est moins demi-heure. Vous jouez au planton solitaire. A minuit moins le quart passe un taxi. Son driver rase le trottoir en guise d’invitation trébuchante. Vous êtes confiant et vous le laisser filer. Le bus doit être en retard. La ponctualité n’a pas d’odeur chez nous. A minuit dix passe un second taxi. Que fout ce bus merdique ??? Et vous laisser filer une réelle alternative de se rattraper. A minuit trente, vous rentrez au bercail pédibus. Histoire de digérer mieux, vous vous dîtes. Une pluie s’abat à flots. Quant au bus de vers minuit moins le quart, vous avez dû vous induire en erreur. Vous revoilà encore dans un autre PIEGE ABSCONS. En vernaculaire, TACH’METI !

Vous pouvez toujours continuer tout seul. Les ratages de ce genre jalonnent et pourrissent la vie de n’importe quel commun des mortels. La psychologie sociale expérimentale appellent, non sans un zest d’ironie, pièges abscons, ces phénomènes d’escalade comportementale où un individu se refuse de revenir en arrière après avoir pris la décision de dépenser temps, argent et énergie pour atteindre un objectif à l’issue hypothétique. Cette mystification s’avère d’autant plus absconse quand cet individu garde l’illusion que sa dépense et son engagement le rapprochent du but. Il la motive – cercle vicieux – pour ne pas se dédire et faire un retour en arrière… Enfin, un piège abscons, dans les règles de l’art, ne fonctionne implacablement que quand le piégé, en son âme et conscience, ne donne pas dès le départ la moindre limite à ses investissements.

Cette propension à persévérer, à s’obstiner, à ne pas revenir sur ses décisions et y adhérer, comme attendre un bus plus longtemps qu’il ne vous en faut pour rentrer chez vous, s’explique, bien souvent, par l’orgueil mal placé de ne pas se dédire face à son environnement, ses habitudes ou ses proches. Ou encore par le souci, si fréquent, de chercher à ne pas ratifier son petit ego et souscrire à l’idée d’avoir fait une erreur de jugement. Ou encore d’attendre et d’espérer, enflé de ratiocinations, une preuve de justesse d’un choix pris auparavant. Bref de s’enliser et s’appesantir.

En fait, l’absconsisme – je me risque en néologisme – est à géométrie variable, selon les situations, les enjeux et les attentes, et surtout selon l’incapacité de chacun à ne pas se critiquer. Ça peut être anodin comme pour un bus ou une espérance d’ordre artistique. Mais, bien souvent, il est question de ‘dommages collatéraux’ qui font voler en éclats toute une vie… Le rayonnage est large en attitudes. Comme ses étudiants qui débutent un cursus et qui vont jusqu’au bout, alors que ces études ne leur plaisent pas ou les mènent à rien ( J’ouvre une parenthèse : c’est mon cas. Ça a duré seulement 2 mois, puis j’ai opté pour d’autres études qui me plaisaient au début et qui m’ont amené nulle part à la fin. Je suis donc un pur produit absconsiste, n’en déplaise à mon petit ego). Comme ces couples qui ne s’entendent plus et qui persévèrent à s’accrocher par peur de panique de reconnaître d’être planté royalement ou d’essuyer regards et jugements des autres. Comme ces malheureux écrivains – scribes ratés – ( blogueurs inclus, chacun selon ses priorités) lancés dans des œuvres qui les torturent à mort et qu’ils ne savent mettre de côté. Comme ces flippés lancés dans des psychanalyses sans issue ou des chirurgies esthétiques dépressives . Ou comme pire encore, ces gouvernements et régimes engagés dans des affrontements sociaux dangereux (rappelez-vous le CPE) ou des escalades militaires bellicistes et qui ne savent plus s’arrêter. Dans cette dernière catégorie, un énergumène sort du lot, c’est Dubbleyou Bush. Le champion du piège abscons de l’histoire de l’humanité, avec une guerre qui sévit depuis 3 ans en Irak et qui a coûté, à nos jours, la vie à 655 000 irakiens innocents. Rien n’arrêtera l’ordre militaire cosmique, ni les 'failures' politiques ni les manquements à la morale. Ni d’ailleurs les tremblements de voix et les réverbérations embuées dans les yeux de Katie Couric évoquant ces héros morts et sanctuarisés par je ne sais quel amour de patrie

Reste une leçon de pédagogie : comprendre comment fonctionne un piège abscons, c’est déjà commencer à y échapper. A bon entendeur !

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